La Haute-Corrèze est déjà, bien avant la Révolution, une région de migrations : le sol, trop pauvre, ne permet pas de nourrir la population. Pour faire vivre leur famille, les hommes quittent donc le pays une partie de l'année pour aller gagner leur vie ailleurs. Nombre d'entre eux suivent le cours de la Dordogne et partent dans la région de Bordeaux pour y trouver du travail.

commune meymac maison gayebordas

Né au hameau de Laval, commune de Davignac, en 1826, Jean Gaye-Bordas, dit « Barlet » (petit tonneau), en fait partie. Tour à tour colporteur, marchand de parapluies, chiffonnier, il se retrouve à Bordeaux où il

vend les lampes en cuivre envoyées en France par Rockefeller pour vulgariser l'usage du pétrole. Il remarque un jour qu’un greffier de Pauuillac envoie du vin à un de ses frères à Lille. Il saisit alors l’opportunité de vendre du vin de Bordeaux sous I’étiquette « Meymac-près-Bordeaux » : en même temps qu’il place ses lampes, en suivant les marchands de toile qui remontent vers le nord, il en profite pour vendre du vin à domicile. Doué d'une extraordinaire habileté commerciale, il connaît un succès immédiat. Il se présente comme un vigneron écoulant lui-même sa production. Pour ne pas révéler qu'il est illettré, il demande à ses clients d'écrire eux-mêmes leur adresse sur un papier. Revenu en Corrèze, il fait expédier la marchandise et attend le voyage suivant pour encaisser la commande.

En quelques années, il fait fortune. Il achète des vignobles et des châteaux dans le Libournais. En 1878, il acquiert le terrain contigu à l'abbaye de Meymac, et y fait construire une maison à tourelles, "le Château des Moines Larose" : une étiquette dont il se servira longtemps pour son commerce. Ruiné pas ses prodigalités, il meurt dans la pauvreté en 1900.

Mais l'idée est lancée : de nombreux négociants-voyageurs de Haute-Corrèze partent à leur tour vendre du vin en Belgique. Plusieurs centaines d'habitants du pays de Meymac donnent ainsi "Meymac-près-Bordeaux" comme adresse postale à leurs clients belges, qu'ils séduisent par leur aspect "exotique" : tenue impeccable, mains calleuses et accent occitan. Ils ont l'art de fidéliser leur clientèle. Ils achètent eux-mêmes des vignobles dans le Bordelais et apportent ainsi au pays une prospérité nouvelle. Malgré tout, 60% d’entre eux restèrent avant tout des paysans : ils faisaient deux voyages par an, d’un mois environ, au printemps et en automne. Ceux qui avaient fait fortune construisirent à Meymac et aux alentours de riches maisons de ville, souvent entourées de parcs, que l'on peut admirer aujourd'hui.

Quelques familles de Meymac possèdent encore aujourd'hui des vignobles dans les meilleurs crus du Bordelais. En effet, outre Jean Gaye-Bordas, les Pécresse de Combressol avaient acheté le Château-Bellevue à Pauillac en 1894, les Borie le Château-Caronne à Saint-Julien en 1900 puis le Château Ducru-Beaucaillou. Jean Moueix avait, lui, investi à Saint-Emilion et Pomerol dans de prestigieux Châteaux, Château-Taillefer, Château Lafleur-Pétrus et le fabuleux Pétrus entre beaucoup d'autres. Ces familles prestigieuses développèrent le négoce, profitant de la porte maritime qu'était Bordeaux, vers la Grande Bretagne, friande de bons Bordeaux puis par la suite vers les États-Unis. L'ouverture des voies aériennes, plus tard leur permit d'aborder d'autres continents, dont le Japon.

A Meymac, vous pouvez visiter :

- l'Espace municipal Gaye-Bordas, au Pôle Culturel, qui retrace l'épopée des marchands de vin

- l'Ecomusée "Chai des Moines-Larose", à la fois lieu technique (vignoble) et lieu de présentation (reconstitution d’un bureau de négociant et exposition temporaire)

Sur le site des Amis de Meymac-près-Bordeaux, vous trouverez de nombreux documents et liens utiles.