"La parladura francesa val mai e es plus avinenz a far romanz e pasturellas, mais cella de Lemosin val mais per far vers e cansons e serventes.

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E per totas las terras de nòstre lengatge son de major autoritat li cantar de la lenga lemosina que de neguna autra parladura." écrit Raimond Vidal de Besalú au XIIIème siècle.

(Le parler français vaut davantage et est plus agréable pour faire les romans et les pastourelles, mais celui du Limousin vaut mieux pour faire les vers, les chansons et les satires. Et par toutes les terres de notre langue, les chants de la langue limousine ont plus grande autorité qu'aucun autre parler)

Vers le 9ème siècle, l'évolution normale du latin a donné naissance à 

deux langues :

la langue d'Òc (òc = oui), parlée dans les régions du Sud de la Loire, soit aujourd'hui 33 départements. Et la langue d'Oïl (oïl = oui), dans les régions situées au Nord de la Loire.

La langue d'Òc va briller de mille feux avec les Trobadors et Trobairitz, poètes et poétesses passés maîtres dans l'art de la poésie chantée : Bernart dit « de Ventadour » (1125-1200), Bertrand de Born (1140-1215), Gaucelm Faidit (1150-1205), Marie de Turenne (épouse d'Ebles V de Ventadour, morte en 1219), Gui d'Ussel, (mort avant 1225), sont parmi les plus célèbres en Limousin. Richard Cœur-de-Lion (1157-1199), roi d’Angleterre, duc d’Aquitaine, qui était au moins trilingue, laissa lui-même des œuvres en langue occitane et protégea plusieurs trobadors.

Les trobadors chantent la fin'amor, l'amour courtois. Leur langue est alors langue de culture dans toute l'Europe : les trobadors Aymeric de Peguilhan (vers 1175-1230) et Guilhem Figueira (vers 1195-1250) ont été accueillis à la cour de l’empereur germanique Frédéric II. Les trobadors ont influencé des trouvères talentueux comme Thibaut IV, comte de Champagne et roi de Navarre (1201-1253), qui écrivait en champenois.

 Le Limousin, berceau des trobadors

C'est avec l'Edit de Villers-Cotterets, promulgué par François 1er en 1539, que la langue d'Òc perd son prestige, en perdant son statut de langue officielle. Désormais, tous les actes, procédures, contrats, registres, etc... seront rédigés en « langage maternel françois » - langue qui n'est évidemment pas la langue maternelle de bon nombre des sujets du Roi. S'instaure alors ce que les linguistes appellent une « situation de diglossie ». L'usage du français se répand peu à peu dans les classes supérieures, l'occitan perd son usage de langue de communication employée dans tout le sud de l'Europe, par exemple par les notaires ou les commerçants. On oublie son orthographe, le vocabulaire administratif et juridique disparaît.

Un exemple de texte officiel  : Redevance levée sur un étal de boucher, 1246, manuscrit original scellé et sa traduction.

La langue devient « patois », langue inférieure, langue du peuple. A la Révolution, en 1793, le français est proclamé par la Convention « langue de la liberté ». L'usage du « patois » est jugé passéiste et entaché d'un royalisme qui ne demande qu'à ressurgir. L'école de la IIIème République le chasse de ses programmes, et bien souvent, les enfants sont punis s'ils ont le malheur de laisser échapper un mot de leur langue maternelle. De nombreux parents et grands-parents ne souhaiteront pas transmettre aux plus jeunes cette langue marquée du sceau du mépris.

Demeurent des expressions, comme ces paroles de bienvenue, toujours utilisées : "  'Chabatz d'entrar", la formule qui indique au visiteur qu'il peut "finir d'entrer", qu'il ne restera pas sur le seuil comme un étranger indésirable.

La langue d'Òc (et ses différentes variétés, limousin, mais aussi auvergnat, gascon, languedocien et provençal) est aujourd'hui classée par l'UNESCO comme langue en danger.

Pourtant, son orthographe a été restaurée et son enseignement est possible dans les écoles depuis la loi Deixonne en 1951. Elle compte aujourd'hui de très nombreux écrivains ; pour le Limousin, Joseph Roux (1834-1905), Marguerite Genès (1868-1955), Jean-Baptiste Chèze (1870-1955), Roger Ténèze (1904-1976), Jean Mouzat (1905-1986), Antoine Dubernard (1920-1998), et surtout l'immense Marcelle Delpastre (1925-1998), écrivaine bilingue dont la pensée s'interroge sur les rapports de l'homme aux autres êtres vivants et à l'univers.

La production contemporaine en Limousin est riche et variée : poésie, nouvelles et romans, traductions de grands auteurs de la littérature mondiale comme Steinbeck et Pouchkine... Michel et Cécile Chapduelh, Joan Ganhaire, Jan dau Melhau, Joan-Peire Lacomba, Jan-Peire Reidi, Monica Sarrasin, tous ces écrivains ont à coeur de travailler leur langue pour dire la richesse du monde et la complexité de l'âme humaine.

 Pour en savoir plus, une idée de livre : le Guide Corrèze, aux éditions Christine Bonneton

10 leçons faciles pour apprendre à lire et à parler : le site de Ives Lavalada et Piare Vinhau

Des interviews d'écrivains contemporains, avec leur traduction, sur : www.canal-u.tv

Des enregistrements audio, des chansons, des vidéos, des films, des écrits, des photographies, etc ... : dans la biaça de l'IEO Lemosin