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Sont-elles cent ou plus encore, cinq cents, mille? Allez savoir, jamais personne n'a cherché à les dénombrer. Et puis qu'importe! Elles s'érigent là, dispersées au beau milieu des mystérieuses tourbières du Longeyroux, à quelques lieux au-dessus de Meymac, échappées, dirait-on, de la main d'un énigmatique semeur céleste.
Ici, il ya bien longtemps, une bergère gardait son troupeau. Survint l'orage. Un orage affreux! A croire qu'il s'agissait de la fin du monde. Les éclairs crépitaient entre ciel et terre. Les grondements du tonnerre ébranlaient l'air et les hauteurs des monts avoisinants répercutaient en les amplifiant leurs échos.
Les vaches, contrairement à leur habitude, restaient figées sur place. Pétrifiées. Impossible pour leur jeune bergère de les conduire vers leur étable! Mieux que cela : c'est tous les troupeaux pacageant dans la lande alentour qui venaient rejoindre celles-ci, s'agglutinant à elle. La pauvre bergère ne comprenait pas. Elle avait renoncé à tenter quoi que ce fut. affolée, elle courait de long en large, agitait ses bras, lançait au ciel en furie des imprécations. C'est ainsi qu'elle en vint à se promettre au diable si celui-ci parvenait à la sortir de cette situation à laquelle assurément il n'était pas étranger. "Per mon âme!" : Sur mon âme!". Un engagement dont elle ne mesurait pas les conséquences mais qui pourrait l'en blâmer!
Elle n'avait pas plutôt lancé cette supplique que le ciel embrasé d'éclairs sembla s'ouvrir, la terre trembla et oscilla affreusement et une forte odeur de souffre s'exhala de son sein. Elle perdit connaissance...
Lorsqu'elle revint à elle, elle se trouvait couchée devant l'étable de ses vaches. Aussitôt elle pensa à ce qui venait de lui arriver. Elle rejoignit rapidement le Longeyroux. Tout était calme à présent. A croire qu'il ne s'était rien passé. Mais de vaches plus une seule. Sur la lande qui se dévoilait lentement dans les vapeurs de l'aube, on ne voyait plus que des pierres. Des pierres, dont certaines à la forme oblongue, pouvaient rappeler la silhouette d'une vaches étendue sur le sol. Un bon millier de pierres ou de vaches!...
Depuis ce jour ce pays s'appelle le Plateau de Millevaches!
René Limouzin, écrivain